Un jeune Marocain dans la vingtaine meurt brûlé vif dans un immeuble abandonné à Argenteuil : une tragédie qui révèle la précarité des jeunes migrants
Rachida Babzine Paris
Argenteuil, France –
Un drame bouleversant a secoué la communauté Marocaine et Musulmane d’Argenteuil : un jeune homme d’une vingtaine d’années, prénommé Noureddine Ait Yahya, a trouvé la mort, piégé par les flammes dans un immeuble abandonné où il résidait illégalement avec un groupe de jeunes.
Selon le témoignage de son cousin, présent sur les lieux au moment de l’incendie, les jeunes hommes vivaient dans des conditions précaires dans ce bâtiment à l’abandon. Ce matin-là, en plein mois de Ramadan, ils étaient revenus de la mosquée après la prière de l’aube (fajr) et s’étaient endormis.
Vers 9 heures du matin, un feu s’est déclaré et une fumée dense a rapidement envahi les lieux. Tous les occupants ont réussi à fuir après avoir aperçu la fumée, et les voisins ont aussitôt contacté les pompiers. Mais Noureddine, lui, n’a pas pu s’échapper. Il a péri dans les flammes. Ses derniers mots, selon les témoins, furent un cri déchirant : « Wa Mmi » (« Maman » en arabe marocain).
Les pompiers et la police sont intervenus rapidement, mais une grave erreur a ensuite été commise : la police n’a pas identifié correctement le jeune homme.; malgré les informations exactes fournies par son cousin, Noureddine a été enregistré sous un faux nom et une fausse date de naissance, puis enterré dans un cimetière non musulman, en contradiction totale avec sa foi.
Ce traitement indigne a suscité l’indignation de nombreux membres de la communauté musulmane locale.; une association islamique, pourtant soutenue par l’État Marocain et par des musulmans de diverses nationalités, a choisi de se dissocier du cas de ce jeune homme Marocain, refusant de prendre en charge son enterrement selon les rites islamiques.
Face à cette situation choquante, M. Aziz Dia, un migrant Marocain résidant dans la région, s’est porté volontaire pour aider la famille du défunt, il a assumé, seul, les démarches nécessaires pour honorer la mémoire de Noureddine.
Noureddine était un jeune en détresse, souvent entendu disant : « J’en ai marre de la vie », signe du mal-être profond et des difficultés extrêmes vécues par de nombreux jeunes migrants dans des conditions d’isolement et de précarité.
Un an après sa mort, une prière collective a enfin été organisée par l’Association Tahara pour honorer sa mémoire, un appel avait été lancé aux communautés musulmanes pour assister à la prière sur sa dépouille.
De nombreux frères Algériens ont répondu présents – un geste salué et respecté par tous, en revanche, l’absence remarquée des Marocains et des représentants diplomatiques Marocains a provoqué une vive colère.
M. Abdessamad, président de l’Association Tahara, a exprimé publiquement sa tristesse et son exaspération face à ce qu’il appelle un abandon de la part de la communauté Marocaine :
« Les drames de la diaspora Marocaine ne rassemblent plus personne, sauf lors des fêtes, des soirées dansantes et des célébrations », a-t-il déclaré avec amertume.
L’Association Tahara, connue pour avoir pris en charge des milliers de corps de musulmans décédés en France, ne demande qu’un accélération des démarches administratives par les consulats et ambassades marocains. Mais cette fois, selon son président, la coupe est pleine.
Il a dénoncé l’inaction et le mépris de certains consuls qui, au lieu de collaborer, sont allés jusqu’à le bloquer sur leurs téléphones.
Pire encore, la famille du défunt n’a même pas été informée de la date de l’enterrement, ce qui constitue une atteinte grave à la dignité du défunt et à celle de ses proches.
Cette tragédie soulève de nombreuses questions sur la responsabilité de l’État français, des pays d’origine et des représentants diplomatiques dans l’accompagnement des jeunes migrants. Elle révèle aussi le besoin urgent de solidarité réelle au sein de la diaspora marocaine, au-delà des apparences et des célébrations.
