L’hôtel Dawliz à Rabat a accueilli, le 10 août 2026, les travaux d’une conférence internationale organisée à l’occasion de la Journée nationale du migrant, autour des principales problématiques auxquelles sont confrontés les Marocains du monde, notamment en matière de protection, d’accompagnement administratif et juridique, de rapatriement des dépouilles mortelles, de médecine légale et d’identification des personnes décédées.
Cette rencontre a été organisée conjointement par l’Association Tahara pour le rapatriement des dépouilles des Marocains résidant à l’étranger, le Centre international de sécurité, de migration et de développement (CISMED), ainsi que le Rassemblement-Fédération des entreprises et associations franco-marocaines de rapatriement des dépouilles.elle a réuni des médecins, universitaires, experts, avocats et professionnels de différentes nationalités, avec également plusieurs interventions à distance depuis différents pays européens.
La conférence s’est tenue dans un contexte qui, selon les participants, appelle à repenser la question des Marocains du monde, non seulement durant leur vie et leur séjour à l’étranger, mais également après leur décès, notamment en ce qui concerne leurs droits et ceux de leurs familles, le rapatriement des dépouilles, l’inhumation, les successions et les procédures administratives et juridiques.
À l’ouverture des travaux, Abdel Samad Akrache, président de l’Association Tahara, a exposé les difficultés et les obstacles administratifs auxquels sont confrontées les familles marocaines lorsqu’elles souhaitent rapatrier au Maroc les dépouilles de leurs proches décédés à l’étranger.
Il a souligné que la longueur des procédures et, dans certains cas, la lenteur des réponses peuvent accentuer la souffrance des familles et retarder l’inhumation.
À travers son expérience dans l’accompagnement de nombreuses familles, Samad Akrache a expliqué que l’Association Tahara intervient à différentes étapes, depuis l’annonce du décès et l’accomplissement des formalités administratives et juridiques, jusqu’à l’identification du corps, sa préparation, sa toilette rituelle, sa mise en bière, son transport et son inhumation au Maroc.
Il a insisté sur le fait que le traitement des dépouilles mortelles ne saurait être réduit à une simple procédure administrative, puisqu’il touche directement à la dignité humaine et à la souffrance des familles, appelant ainsi à davantage de coordination et de célérité dans le traitement des dossiers.
De son côté, Me Hussine Bakkar Sebaï, directeur du Centre international de sécurité, de migration et de développement, a abordé les différentes problématiques auxquelles sont confrontés les Marocains résidant à l’étranger.
Il a souligné que la communauté marocaine à l’étranger constitue une richesse nationale qui dépasse largement la seule dimension des transferts financiers.
Les Marocains du monde représentent également une richesse immatérielle considérable, à travers les compétences, les expériences et les expertises qu’ils ont acquises dans des domaines aussi variés que la médecine, l’ingénierie, le droit, les affaires ou encore la recherche scientifique.
Il a estimé que l’expérience de l’Association Tahara, constitue un exemple concret de ce lien avec la patrie, à travers la défense du droit du migrant, même après son décès, à être rapatrié dans son pays d’origine, à y être inhumé et à voir les droits de sa famille préservés, notamment en matière de biens et de succession.
La médecine légale et les techniques modernes d’identification des dépouilles ont constitué l’un des principaux axes de la conférence.
Dans ce cadre, la docteure Hakima Yahya, directrice du Laboratoire national de la police scientifique et technique relevant de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), a présenté un exposé consacré aux techniques scientifiques utilisées pour identifier les personnes, notamment à travers les empreintes digitales, les traces biologiques, les cheveux, les tissus et différentes méthodes d’analyse, ainsi que les examens liés à l’ADN.
Elle a également évoqué les expériences et les statistiques internationales dans le domaine de la médecine légale, ainsi que l’importance de la coopération et de la coordination entre les laboratoires et les organismes spécialisés à l’échelle internationale, particulièrement lorsque l’identification d’une dépouille s’avère complexe ou lorsque la personne décédée ne dispose d’aucun document permettant d’établir son identité.
Pour sa part, M. Jassem Al-Antali, expert et ancien directeur de la sécurité policière aux Émirats arabes unis, a abordé les mécanismes d’identification des dépouilles à travers les empreintes digitales et les technologies modernes, soulevant la question de leur encadrement par les conventions et instruments internationaux, notamment dans les affaires liées aux scènes de crime ou en l’absence de traces et de documents d’identité.
Dans une autre intervention, le professeur Abderrazzak Kabour, professeur de droit public et directeur du CISMED, a estimé que cette rencontre ne devait pas être réduite à une simple célébration de la Journée nationale du migrant.
Elle constitue, selon lui, une occasion de replacer les Marocains du monde au cœur des transformations que connaissent aujourd’hui les migrations, les relations internationales et les sociétés contemporaines.
Il a souligné que la migration marocaine ne se limite plus aux frontières géographiques ou aux transferts financiers, mais qu’elle est désormais étroitement liée aux questions d’identité, d’appartenance, de développement, de sécurité humaine, de gouvernance diplomatique et de dialogue entre les sociétés.
Le Marocain résidant à l’étranger, a-t-il relevé, n’est plus seulement un migrant au sens traditionnel du terme. Il est également médecin, ingénieur, pilote, chercheur, entrepreneur ou enseignant, tout en conservant des liens profonds avec son pays d’origine.
La professeure Fatima Imrah, professeure de droit privé et directrice du CISMED, a consacré son intervention à la participation électorale des Marocains du monde depuis l’adoption de la Constitution de 2011 jusqu’à aujourd’hui.
Elle a notamment abordé les principales questions et difficultés auxquelles la communauté marocaine à l’étranger demeure confrontée, ainsi que les obstacles rencontrés dans l’accès à certains services administratifs et consulaires.
Elle a relevé que des démarches apparemment simples peuvent, dans la pratique, se transformer en procédures complexes, notamment dans les dossiers relatifs au rapatriement des dépouilles et aux successions.
Son intervention a également porté sur les garanties constitutionnelles relatives au droit des Marocains du monde à participer à la vie politique nationale, ainsi que sur les interrogations liées aux moyens de concrétiser ce droit et de renforcer le lien entre la communauté marocaine à l’étranger et les institutions nationales.
Le professeur Abdeljalil Joudat, enseignant en sciences juridiques et islamiques, a, pour sa part, abordé la notion de migration sous un angle historique et religieux.
Il a évoqué plusieurs exemples de migrations dans l’histoire islamique, depuis la migration du prophète Adam jusqu’à celle du prophète Mohammed, paix et salut sur lui, vers Médine, ainsi que l’exil du Sultan Mohammed V, considéré comme un déplacement contraint.
Il a expliqué que la migration forcée se distingue de la migration volontaire par ses circonstances et ses conséquences, tout en mettant en avant les dimensions humaines et spirituelles qui accompagnent l’individu confronté à l’exil, à la perte et à la mort.
Le professeur Moufid Amine, professeur de droit privé, a soulevé plusieurs questions juridiques et humaines liées au décès de Marocains hors du territoire national.
Il s’est notamment interrogé sur les droits du défunt et de sa famille concernant la récupération de la dépouille, le rôle des compagnies d’assurance, les modalités d’information des proches, ainsi que la place du droit international et du droit des droits de l’homme dans le traitement de ces situations.
De son côté, Mustapha Taouzzani, président du Rassemblement-Fédération des entreprises et associations franco-marocaines de rapatriement des dépouilles, a présenté les aspects pratiques liés à la toilette mortuaire, à la mise en bière et à l’accomplissement des différentes formalités nécessaires jusqu’au transfert de la dépouille vers le cimetière ou le pays d’origine.
Il a également exposé les contraintes auxquelles sont confrontés les professionnels opérant dans ce domaine.
La conférence a également été marquée par plusieurs
interventions à distance depuis différents pays européens, des avocats, journalistes et professionnels du domaine psychologique ont ainsi apporté leurs témoignages et analyses sur les conditions de vie des migrants et les difficultés auxquelles ils sont confrontés.
Les échanges ont notamment porté sur les questions de succession, de rapatriement des dépouilles et de relations avec les administrations et les institutions compétentes.
Les participants ont souligné la nécessité d’une approche davantage coordonnée entre les différents intervenants afin de garantir les droits du migrant et de sa famille et de réduire les procédures complexes susceptibles d’aggraver la souffrance des proches, déjà confrontés à une situation de grande vulnérabilité psychologique et humaine.
La conférence a connu une participation de plusieurs pays et a constitué un espace de dialogue entre spécialistes du droit, de la migration, de la médecine légale, de la sécurité, des questions religieuses et du secteur funéraire.
Les participants ont ainsi appelé le ministère marocain des Affaires étrangères et les institutions qui en relèvent, ainsi que les services spécialisés de la police scientifique, à renforcer la coordination et la coopération et à accélérer les procédures et les autorisations liées au rapatriement et à l’inhumation des dépouilles.
Les intervenants ont également insisté sur la nécessité de dépasser une approche purement administrative de ces dossiers au profit d’une approche humaine et juridique intégrée, faisant de la protection des droits des Marocains du monde une responsabilité permanente.
Cette protection, ont-ils souligné, ne devrait pas prendre fin avec le décès du migrant, mais se prolonger jusqu’à la garantie de sa dignité et des droits de sa famille, y compris lors des dernières étapes de son inhumation.
Les travaux de la conférence ont été animés par le professeur Reda Jalil et la docteure Hanane El Baraka.
La rencontre a permis d’ouvrir un débat pluridisciplinaire sur l’avenir des questions relatives aux Marocains du monde et de les inscrire dans une réflexion plus large autour des droits humains, de la protection juridique, de la médecine légale et de la gouvernance administrative, à la lumière des profondes transformations que connaît aujourd’hui la migration marocaine.