Le maire d’Argenteuil face à la contestation des familles et des élèves après l’annonce du départ forcé du Centre Assalam : 1 500 apprenants menacés de rupture linguistique
Rachida Babzine Paris
La commune d’Argenteuil connaît depuis plusieurs jours une montée notable de tensions après la diffusion d’informations concernant la volonté de la municipalité, sous l’autorité du maire, de procéder au déplacement du Centre Social et Culturel Assalam, une décision qui a suscité une profonde inquiétude parmi les familles et les enseignants, et a provoqué des réactions de désapprobation jusque chez les élèves, attachés à ce lieu d’apprentissage linguistique et culturel.
La chaîne Douay TV a été destinataire de nombreux appels de parents exprimant leur stupéfaction et leur incompréhension, à la suite de notifications préliminaires indiquant que le centre pourrait être fermé afin de permettre la construction d’un nouveau collège sur le terrain qu’il occupe actuellement, une telle évolution placerait dans l’incertitude plus de 1 500 apprenants, inscrits aux cours de langue arabe dispensés dans cet établissement, devenu au fil des années un pilier de la vie éducative et associative locale.
Le Centre Assalam propose huit niveaux d’enseignement, répartis au sein de onze classes, encadrés par une équipe pédagogique expérimentée comprenant notamment trois enseignants détachés du Maroc via l’ambassade du Royaume, ainsi que des professeurs qualifiés ayant une longue expérience de l’enseignement de l’arabe aux enfants issus de l’immigration.
Le centre accueille un public diversifié, constitué non seulement d’élèves d’origine arabe, mais également d’apprenants africains et français, ce qui en fait un espace reconnu pour sa vocation inclusive et sa contribution au renforcement du vivre-ensemble, les cours sont organisés le mercredi, le samedi et le dimanche, permettant ainsi leur compatibilité avec les contraintes scolaires et professionnelles des familles.
Selon les familles contactées, la décision relative à la déplacement du centre aurait été annoncée sans qu’aucune alternative concrète ne soit proposée pour assurer la continuité des cours. Si la municipalité invoque la nécessité d’implanter un nouvel établissement d’enseignement secondaire, l’absence totale de plan transitoire soulève plusieurs interrogations légitimes :
?Quels dispositifs seront prévus pour les 1 500 élèves concernés
?De quelle manière sera garantie la poursuite des enseignements de langue arabe
Quelles mesures seront prises en faveur des enseignants, dont le centre constitue la principale source de revenus?
Dans une lettre adressée au maire et aux autorités compétentes, les enseignants ont exprimé leur vive préoccupation quant à la pérennité de leurs postes, certains d’entre eux étant liés à des conventions éducatives avec leur pays d’origine, ils appellent la municipalité à prendre en considération leurs droits professionnels et à fournir des assurances claires quant à l’avenir du programme pédagogique.
La contestation ne se limite pas aux parents. Plusieurs groupes d’élèves ont manifesté leur attachement au centre, exprimant leur refus de voir disparaître un espace essentiel à leur formation.
:Certains ont scandé des messages tels que
« Nous voulons notre centre socio-culturel »
« Laissez notre centrevà sa place»
« Ici, nous apprenons notre langue : ne nous l’enlevez pas »
:Un élève âgé de 18 ans a déclaré
« Né à Argenteuil, j’ai toujours compté sur ce centre pour apprendre la langue de mes parents et maintenir un lien avec ma famille au Maroc, sa force de départ serait une perte considérable pour nous tous. »
De nombreuses familles soulignent par ailleurs que l’apprentissage de la langue arabe constitue un enjeu identitaire et familial, essentiel notamment pour communiquer avec les consulats et ambassades de leurs pays d’origine.
Plusieurs parents pointent une incohérence dans la politique linguistique actuelle : alors que la France investit dans la diffusion de sa langue à l’étranger à travers des instituts et établissements spécialisés, l’enseignement de l’arabe sur son propre territoire se retrouve confronté à des restrictions ou à un manque de soutien, malgré son statut de langue largement parlée au sein de la population française.
:L’un des parents résume cette situation en ces termes
« Nous soutenons la création d’un nouveau collège, c’est un projet utile et nécessaire., toutefois, il est incompréhensible que cela doive se faire au détriment de nos enfants et de leur identité culturelle. »
Face à cette situation, plusieurs associations, familles et bénévoles plaident pour une reconsidération de la décision municipale, ou à défaut, pour la mise en place de solutions temporaires garantissant la continuité des enseignements, parmi les pistes évoquées figurent l’allocation d’un autre bâtiment municipal ou l’intégration provisoire du programme dans des établissements existants.
Selon certains observateurs, la déplacement du centre, sans évaluation préalable de ses impacts culturels et sociaux, constituerait un recul significatif pour la politique d’intégration et de diversité que la République française affirme promouvoir.
À ce jour, les familles demeurent dans l’attente d’un positionnement officiel de la municipalité, tandis que les enseignants espèrent obtenir des clarifications quant à leur avenir professionnel.
:La question essentielle reste posée
Le maire reviendra-t-il sur sa décision, ou le Centre Social et Culturel Assalam est-il destiné à disparaître?
